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Revue de Presse: November 17

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Share the post "Revue de Presse: November 17" Bienvenue à notre première Revue de Presse 100% en français. Comme d’habitude, nous avons sélectionné des articles de la presse francophone et anglophone sur la politique et la culture démocratique autour du monde. Ces articles ne sont pas censés former une liste complète de ce qu’il faut avoir lu, ni une représentation de l’opinion des éditeurs du site : seulement une sélection de ce que nous lisions ces deux dernières semaines. Au long de ses presque deux siècles d’existence, le magazine britannique The Economist a toujours été un organe de presse indispensable pour le libéralisme économique international. Dans une recension pour le New Yorker d’une récente histoire du Economist par Alexander Zevin, Pankaj Mishra

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Revue de Presse: November 17

Bienvenue à notre première Revue de Presse 100% en français. Comme d’habitude, nous avons sélectionné des articles de la presse francophone et anglophone sur la politique et la culture démocratique autour du monde. Ces articles ne sont pas censés former une liste complète de ce qu’il faut avoir lu, ni une représentation de l’opinion des éditeurs du site : seulement une sélection de ce que nous lisions ces deux dernières semaines.

Au long de ses presque deux siècles d’existence, le magazine britannique The Economist a toujours été un organe de presse indispensable pour le libéralisme économique international. Dans une recension pour le New Yorker d’une récente histoire du Economist par Alexander Zevin, Pankaj Mishra trace le bilan de ce libéralisme au travers le magazine. Bien que ce magazine – qui par le passé avait soutenu l’aristocratie esclavagiste du Sud étatsunien aussi bien que le fascisme de Mussolini – essaie de se distinguer son libéralisme de la politique de Donald Trump, Mishra n’est pas dupe. La politique néolibérale avancée par The Economist est responsable de nos crises politiques contemporaines, qui ont permis à des hommes comme Trump de se positionner comme les champions du peuple contre les élites « mondialistes » (c’est-à-dire, des lecteurs du Economist). Les jeunes d’aujourd’hui, à la recherche d’un libéralisme alternative, cherchent un « libéralisme pour le peuple », abandonnant le libéralisme élitiste du Economist, qui a si mal protégé la liberté des gens ordinaire dans notre monde dominé par le capitalisme technologique.

Mais ce néolibéralisme, existe-t-il réellement ? Certain centristes américains le nient, constatant que le libéralisme américain n’a pas beaucoup changé depuis le New Deal. Pour Luke Savage, de tels propos méconnaissent l’histoire. Le néolibéralisme est une idéologie qui a été délibérément promue par un group initialement assez restreint, et qui a vu son succès final en grande partie grâce à la complicité des démocrates convertis. Et comme l’explique l’historien Quinn Slobodian dans les pages du Guardian, le néolibéralisme a été animé par des convictions profondément antidémocratiques (il cite Milton Friedman, qui s’inquiète en 1988 qu’« une socitété démocratique, une fois établie ne détruise pas l’économie libre »). Pour défendre la démocratie, donc, les Démocraties devraient s’interroger sur leur complicité dans la réalisation des idées néolibérales.

Le projet de mondialisation est trop ambitieux, explique David Djaïz dans un entretien pour Le Vent se Lève. Auteur du livre Slow Démocratie, Djaïz maintient que l’idée de la nation reste encore aujourd’hui une source de la solidarité et de la cohésion sociale, et donc indispensable dans la lutte contre la réaction populiste et aux fractions territoriales qu’encourage la mondialisation. Mais l’organisation idéale de la nation se fait à plusieurs échelles : certaines industries devraient être régionalisées, alors que certains bien publiques devraient être débités au niveau Européen. Somme toute, Djaïz réclame une nouvelle mondialisation, qui puisse combattre les inégalités et la crise écologique, mais qui avancerait la démocratie au niveau national.

D’où vient le formidable succès des économistes français aux États-Unis ? Selon Arnaud Leparmentier, dans son article pour Le Monde, c’est une combination des parcours éducatifs, des compétences mathématiques et de l’engagement intellectuel et politique qui a permis à Thomas Piketty, Esther Duflo, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, entre autres, de se distinguer de leurs collègues outre-atlantiques. Et comme chez Tocqueville, le fait d’être étrangers leur permet de voir au-delà des contraintes politiques des économistes américains, afin d’explorer l’étendue des possibilités.

La stratégie Européenne de découplage ne suffit pas à faire face au réchauffement climatique, écrit Clémence Pèlegrin dans  Le Grand Continent. Même si la technologie nous permettait de capturer le carbone à une grande échelle, la diminution des impacts environnementaux est incompatible avec la croissance économique. Au contraire, il nous faudra des transformations structurelles radicales. Heureusement, il n’est pas question d’énormes sacrifices, car en fin de compte le PIB ne mesure pas le bien-être de la société.

Sur le même site, Ioanna Bartsidi publie une recension du film Adults in the Room, dramatisation des mémoires de l’ancien ministre de la finance Yannis Varoufakis (en français, Conversations entre Adultes). Selon Bartsidi, ce film du réalisateur Costa-Gavras, présente les négotiations entre Varoufakis avec ses homologues européennes « comme un polar ». En se concentration sur le personnage héroïque de Varoufakis, le « seul à penser au peuple », Adults in the Room écart l’élément politique. Ce qui explique peut-être la réaction négative qu’il a reçu en Grèce. Pourtant, Costa-Gavras a le mérite d’avoir rendu visible, et non sans talents visuels et artistiques, les débats d’huis-clos de Bruxelles. Lire le commentaire que Ioanna Bartsidi a publié cet été pour Tocqueville 21 sur l’arrivée au pouvoir de la droite en Grèce.

Dans un essai pour Harper’s, Doug Henwood réfléchit sur l’histoire d’une autre élite cloisonnée, les « WASPs » (en anglais les White Anglo-Saxon Protestants, des familles souvent riches qui comptent parmi leurs ancêtres les premiers colons anglais). Henwood remarque qu’il y a aujourd’hui une étrange nostalgie pour la classe politique WASP, incarnée par l’ancien Président George H.W. Bush, aussi bien que par de nombreux architectes de la politique étrangère américaine au XXe siècle. Bien que l’idée des élites responsables, formées à des lycées et des universités privés comme la Groton School ou Yale, puisse rassurer certains à l’âge de Donald Trump, Henwood montre que cette vieille élite n’a pas laissé un héritage particulièrement admirable. Loin d’avoir vaincu cette élite respectable, comme certains pourraient le croire, Donald Trump n’a fait que ressusciter le pire – xénophobie, suprématisme blanc, richesse héritée, etc. – de l’histoire des WASPs.

Les universités d’Amérique les plus prestigieuses, on le sait bien, ont sciemment imité leurs homologues Britanniques. Yasmeen Serhan remarque pour The Atlantic que les Britanniques eux aussi mettent en cause la relation entre la classe politique et l’éducation privée. Là où le Parti travailliste propose de mettre fin aux écoles privées, Boris Johnson, formé à Eton et à Oxford, a tout de suite fait remarquer que Jeremy Corbyn lui aussi a étudié dans un lycée privé de Shropshire. Le gouvernement conservateur a chargé sa Commission sur la Mobilité Sociale de faire un rapport sur les inégalités au sein du système éducatif au Royaume-Uni, mais celle-ci n’a pas proposé de réformes concrète. Il faudrait donc une victoire de Labour pour que l’on voie du vrai changement, pourvu que le parti n’abandonne pas le projet comme il avait fait après ses dernières promesses sur cette question… en 1965.

Est-ce que les intellectuels de la génération de mai 68 devraient soutenir les manifestations des plus jeunes ? Ou sont-ils voués au même sort qu’Adorno, philosophe radical qui a fini par appeler la police lors des soulèvements étudiants à Francfort ? C’est la question qui anime la conversation entre Jon Baskin, éditeur du magazine The Point, et Justin E.H. Smith, professeur d’histoire et de philosophie de science à l’Université de Paris. Les deux auteurs discutent de la nouvelle sensibilité des jeunes générations. Moins ouvertes à l’esprit ludique des années 1960 et de la théorie postmoderne, elles n’ont pas pour autant abandonné l’humour. Ceux qui ont gardé les anciennes sensibilités sont-ils forcément « conservateurs » ? De toute façon, Smith remarque que cette question ne se pose pas de la même manière en France, où les institutions réussissent souvent à absorber l’esprit de l’avant-garde.

D’après Jason Farago, il est temps de décrocher La Joconde. Ce critique d’art du New York Times avance que La Joconde n’est guère la peinture la plus intéressante de Léonard de Vinci, et qu’elle attire par ailleurs des foules ingérables à la Salle des États. Tous les jours, des hordes de touristes visitent le Louvre principalement pour voir La Joconde, et rentrent déçus. Elle ferait mieux pour favoriser l’appréciation de l’art, donc, dans les vastes sous-sols du musée.

Les révolutions ont le peuple pour moteur, et l’avant-garde intellectuelle pour gouvernail, raconte l’historien américain Jonathan Israël, dans un interview avec Le Figaro avec la vedette de la droite néo-réactionnaire Eugénie Bastié. Israël explique que l’on ne peut pas se fier à l’histoire matérielle des révolutions, dont les résultats changent en fonction des idées qui les animent. Sans un cadre intellectuel cohérent, les révolutions échouent. Mais si Israël rejette l’interprétation marxiste de la Révolution française, il rejette aussi celle de François Furet. Pour Israël, la l’essence de cette Révolution n’est pas la Terreur, mais plutôt un conflit entre des républicanismes modéré, aristocratique et radical (dont l’incarnation américaine contemporaine serait peut-être Donald Trump). 

Photo Credit: Sascha Poehflepp, via Flickr, CC BY 2.0.

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