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Revue de Presse : 22 mars

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Share the post "Revue de Presse : 22 mars" Le coronavirus est-il la fin de la mondialisation ? C’est la question à laquelle s’adressent Henry Farrell et Abraham Newman dans Foreign Affairs. Dans l’économie mondialisée, grâce aux chaînes logistiques conçues pour fournir des pièces essentielles à la dernière minute (just in time), les entreprises n’ont pas besoin de garder des réserves. La crise sanitaire actuelle ayant brusquement arrêté ces chaînes, de nombreux pays se retrouvent face aux pénuries de produits médicaux et d’autres nécessités. L’ère de la coopération économique internationale, du doux commerce célébrée depuis les années 1990, est elle en train de se terminer ? Ou bien, verrons nous une deuxième mondialisation, marquée par une conflictualité prononcée,

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Revue de Presse : 22 mars

Le coronavirus est-il la fin de la mondialisation ? C’est la question à laquelle s’adressent Henry Farrell et Abraham Newman dans Foreign Affairs. Dans l’économie mondialisée, grâce aux chaînes logistiques conçues pour fournir des pièces essentielles à la dernière minute (just in time), les entreprises n’ont pas besoin de garder des réserves. La crise sanitaire actuelle ayant brusquement arrêté ces chaînes, de nombreux pays se retrouvent face aux pénuries de produits médicaux et d’autres nécessités. L’ère de la coopération économique internationale, du doux commerce célébrée depuis les années 1990, est elle en train de se terminer ? Ou bien, verrons nous une deuxième mondialisation, marquée par une conflictualité prononcée, et la domination d’une Chine qui sera le premier pays à se récupérer de la pandémie ?
Notre collègue Arthur Goldhammer – que vous connaissez non seulement par ses écrits sur ce site, mais aussi pour ses traductions de Thomas Piketty – publie une recension dans Democracy du livre d’un autre grand analyste de l’inégalité mondiale : Branko Milanovic. Dans Capitalism Alone, Milanovic cherche à découvrir pourquoi l’inégalité au sein de tous les pays a explosé en même temps qu’au niveau mondial, l’inégalité baisse grâce aux avancés économiques des pays tels que la Chine, l’Inde, le Vietnam et le Brésil. La réponse tient largement à une division entre le capitalisme dit « méritocratique » et le capitalisme « politique », ou le capitalisme d’Etat. Mais là où Milanovic est relativement pessimiste sur l’avenir d’un monde divisé entre ces deux versions d’un système géré par l’argent, Goldhammer doute que la poursuite de l’argent va finir par tout ravager : observant que notre monde entièrement capitaliste est compatible avec des tendances politiques en faveur de l’écologie, la protection sociale, ou la stabilité quand « tout ce qui est solide se dissout dans l’air ».

Ces dernières semaines, Paul Collier et Paul Krugman publient tous les deux des recensions critiques de Capital et Idéologie (lire notre interview avec Piketty ici). Selon Collier, dans le New Statesman, Piketty s’attache trop à l’individualisme et ne s’intéresse pas suffisamment aux priorités des travailleurs. Sa proposition d’une taxe sur le capital encourage les dépense irresponsable plutôt que l’épargne destinée aux enfants, et ne fait pas la différence entre les nombreux types de capital, même que certains soient plus mérités que d’autres. Pour Collier, le programme de Piketty entraînerait la gauche dans une impasse. Krugman, dans le New York Times, trouve que Capital et Idéologie reste trop dans les généralités, au détriment de sa crédibilité ; il doute que Piketty soit un guide assez fiable pour nous mener à travers un terrain aussi vaste. Mais il critique aussi les recommandations de Piketty. Selon Krugman, la politique sociale, et non pas un manque de politique de redistribution, constitue la faiblesse de la gauche.

Pendant ce temps, Piketty soutient le candidat Bernie Sanders dans un article pour Le Monde. Selon Piketty, Sanders n’est pas un radical, même que les médias américaines le brossent comme tel. De plus, ses chances de battre Trump ne sont pas moindres que celles de Biden, malgré l’opinion de plusieurs démocrates. Au contraire, seul un candidate comme Sanders pourrait mobiliser les électeurs les moins riches, marginalisés depuis tellement longtemps.

Dans le magazine American Affairs, l’historien d’Oxford Noel Malcolm publie une recension du livre Virtue Politics: Soulcraft and Statecraft in Renaissance Italy par James Hankins, l’une des principales autorités mondiales sur l’humanisme italien. Ce dernier livre de Hankins soutient que, selon les humanistes de la Renaissance, pour avoir une bonne politique, il n’était pas question de particularités constitutionnelles, mais de caractère—c’est-à-dire la cultivation des vertus. Les sociétés modernes et multiethniques ne pourraient pas se retourner sur de pareils régimes de vertu, mais Hankins nous aide à comprendre pourquoi l’idée de la vertu était tellement attrayante pour des penseurs comme Petrarch, Leonardo Bruni et Flavio Biondo.

Joshua Wolf Shenk médite sur le déracinement qu’il associe à la vie à Los Angeles. Dans son essai pour la revue Virginia Review Quarterly, Shenk s’éloigne de la prose de Joan Didion, loue sa maison sur Airbnb et interroge la définition de « cool » dans l’une des villes les plus emblématiques d’Amérique.

La Guerre des Dictionnaires : C’est le titre ainsi que le sujet d’un nouveau livre de Peter Martin, que Kory Stamper recense pour The Times Literary Supplement. Cette bataille lexicographique pour le futur de l’anglais américain au 19e siècle vit s’affronter deux dictionnaires, ceux de Noah Webster et Joseph Worcester. Malheureusement, même que le nouveau livre de Martin apporte de nouvelles données intéressantes, selon Stamper, le manuscrit est comblé d’erreurs qui remettent en cause sa véracité. Finalement, étant donné l’étendue des développements linguistiques aux États-Unis pendant cette période, il est dommage que Martin ne se soit pas attardé plus longtemps sur une analyse de l’identité américaine de l’époque.

Le politologue Jan-Werner Müller publie un essai sur les récents travaux de Pierre Rosanvallon dans la London Review of Books. Lisant son Bon gouvernement (2016) avec son Notre histoire intellectuelle et politique (2018) une mémoire personnelle autant qu’une histoire intellectuelle – Müller observe l’ambivalence dans les écrits de Rosanvallon sur la présidence d’Emmanuel Macron. Pour Rosanvallon, ce président « jupitérien » incarne en même temps une politique « lisible », où personne ne peut se demander qui est responsable des actions publiques ; et une intensification de la personalisation de la politique inhérent aux systèmes présidentiels. Il rappelle en même temps le projet de Guizot de faire émerger la raison du peuple ; et le directeur de marketing qui cherche à découvrir les préférences des consommateurs. En tout cas, pour Müller, Macron – élu au premier tour par seulement 18% des électeurs – signifie que les démocraties contemporaines ne sont pas prêtes à s’unifier sous l’égide du bon gouvernement.

Photo Credit: Maya-Anaïs Yataghène, 2011 newsstand Algeria, via Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

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