Thursday , June 4 2020
Home / On French Politics / L’Italie face aux épidémies : un retour de l’histoire ?

L’Italie face aux épidémies : un retour de l’histoire ?

Summary:
A l’heure où l’épidémie de Covid-19 place l’Italie du nord (Lombardie) comme l’un des épicentres majeurs de la pandémie mondiale avec le plus fort nombre de victimes à ce jour, un retour vers le Moyen-âge montre à quel point la mort liée aux épidémies figure déjà au centre des problématiques de l’histoire italienne. Parmi les études de démographie disponibles sur l’Occident médiéval, celle publiée en 1978 par l’historienne Christiane Klapisch-Zuber, Les Toscans et leurs familles. Etude du catasto florentin de 1427, s’impose comme une référence incontournable. Florence décide en effet en 1427 de rédiger une description exhaustive de ses sujets, de leurs patrimoines, contribuant ainsi à faire de la démographie toscane une des mieux connues de l’Europe du XVe siècle. Le catasto concerne

Topics:
Stéphane Malsagne considers the following as important: , , , , ,

This could be interesting, too:

A. G.-H. writes Covid-19 and emerging economies: What to expect in the short- and medium-term

Z. D. writes An uncompromising budget

B. writes COVID-19’s shock for emerging economies

B. T. writes Next Generation EU (NGE): The Commission’s Covid-19 recovery package

L’Italie face aux épidémies : un retour de l’histoire ?

A l’heure où l’épidémie de Covid-19 place l’Italie du nord (Lombardie) comme l’un des épicentres majeurs de la pandémie mondiale avec le plus fort nombre de victimes à ce jour, un retour vers le Moyen-âge montre à quel point la mort liée aux épidémies figure déjà au centre des problématiques de l’histoire italienne. Parmi les études de démographie disponibles sur l’Occident médiéval, celle publiée en 1978 par l’historienne Christiane Klapisch-Zuber, Les Toscans et leurs familles. Etude du catasto florentin de 1427, s’impose comme une référence incontournable. Florence décide en effet en 1427 de rédiger une description exhaustive de ses sujets, de leurs patrimoines, contribuant ainsi à faire de la démographie toscane une des mieux connues de l’Europe du XVe siècle. Le catasto concerne environ 60 000 feux, y dénombre plus de 260 000 personnes, enregistre systématiquement biens meubles et immeubles et apporte des renseignements uniques sur la richesse, les activités économiques et démographiques de Florence et de sa région.

Le catasto apporte en outre des informations précieuses sur la mort à Florence à une époque où le retour des épidémies de peste (après la grande peste noire de 1347-1349) est encore fréquent. La peste a refait en effet son apparition dans la cité italienne en 1400 puis entre 1424 et 1430 sous la forme de deux épidémies d’amplitude moyenne. Deux sources principales permettent de nous renseigner sur la mort et les pratiques mortuaires en vigueur à l’époque : la catasto lui-même et le Livre des morts. Le catasto ne s’apparente toutefois pas à un véritable registre de décès car malgré l’obligation pour les citadins de déclarer la mort de chaque membre de leur feu, beaucoup ne se soumettent pas à la règle et les déclarations de décès se révèlent insuffisantes à Florence et dans les localités tocanes environnantes. Plus intéressantes en revanche, les archives florentines conservent des listes beaucoup plus importantes de défunts appelées Libri dei Morti ou Livres des Morts. Depuis 1385, des relevés de sépultures (surtout à Florence) sont en effet conservés dans les Libri. Les relevés sont effectués par des « entrepreneurs de pompes funèbres » (ou becchini).

Selon les statuts communaux de 1415, un entrepreneur de pompes funèbres devait déclarer le « nom du défunt ainsi que son pronomine, son quartier et sa paroisse ». Quand le défunt est un enfant, le notaire déclare généralement, non pas son nom de baptême, mais celui de son père ou du chef de famille où a vécu l’enfant comme le montre l’exemple suivant : « un enfant de Giovanni di ser Nello, paroisse de San Lorenzo, repose dans ladite église. Il s’est noyé dans le Mugnone ». Lors des retours de peste en 1424 et 1430, le notaire enregistrait toutes les causes de décès après les noms des défunts. A Florence, les funérailles privées qui auraient pu échapper aux enregistrements des entrepreneurs étaient impossibles car les statuts communaux exigeaient que les portes de la maison du défunt restent ouvertes, afin de permettre aux employés de vérifier la bonne observance du règlement des obsèques. Selon l’éthique religieuse de cette époque, chacun, quel que soit son âge ou sa fortune, avait le droit à la même dignité spirituelle et à une sépulture chrétienne. Vagabonds, mendiants, prostituées, criminels, étrangers et immigrants sont ainsi bien représentés dans les Livres des morts.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *