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Liban : De la crise au soulèvement

Summary:
« Tous, cela signifie tous », scandent les protestataires pour n’épargner aucun clan au pouvoir et pour ne laisser à aucun son aura. Les prétentions à la réforme ne lavent pas de la réalité de la corruption ; la 3ème face du Hezbollah est mise en lumière : résistant et libérateur, inféodé à l’Iran, il protège la corruption générale ...

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Farès Sassine considers the following as important: , , , , , , , , , ,

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« Tous, cela signifie tous », scandent les protestataires pour n’épargner aucun clan au pouvoir et pour ne laisser à aucun son aura. Les prétentions à la réforme ne lavent pas de la réalité de la corruption ; la 3ème face du Hezbollah est mise en lumière : résistant et libérateur, inféodé à l’Iran, il protège la corruption générale l’acceptant contre l’appui politique de ses alliés, quand il ne la pratique pas luimême. Mais outre la négation d’un système générateur d’une classe parasitaire et pillarde, les manifestants cherchent à construire un ordre nouveau sans en connaître les contours précis. S’ils empruntent aux révolutions arabes le slogan « le peuple veut détruire an-nizâm (le système, l’ordre, le régime) », ils reconnaissaient volontiers qu’ils veulent plutôt construire un ordre ou un Etat, car ils n’ont face à eux qu’une anarchie irrespectueuse des lois et des règles et attachée aux seuls intérêts et lubies des gouvernants.

Il reste que de l’avis commun, l’origine même de la corruption et de la plupart des maux est le système communautaire qui répartit les pouvoirs et les postes administratifs entre les communautés. D’abord, il condamne l’Etat à l’inefficacité : il faut que les sept grandes communautés (maronite, grecque orthodoxe, grecque catholique, arménienne, sunnite, chiite, druse) soient d’accord pour promulguer une loi ou décider une réforme ; chacune d’elles (par le biais de ses autorités) appuie ses candidats indépendamment de leur compétence et de leur honnêteté ou en dépit d’elles ; toute corruption est multipliée par trois pour satisfaire les principales communautés sunnite, chiite et chrétienne. Les citoyens y sont inégaux suivant l’importance de leur « tribu ». Ensuite, les leaders de chaque groupe montent leurs coreligionnaires contre les autres comme moyen de rester en place et de se renforcer : d’où une unité nationale toujours sur la brèche car leur clientélisme et leur aplomb n’ont pas de bornes. Enfin, on appartient par sa naissance à un « clan » dont on doit obligatoirement suivre ses lois civiles (mariage, divorce, succession, etc.). Les tribunaux de chaque communauté, et non les tribunaux de droit commun, examinent les litiges. Une loi de mariage civil (même optionnel) est continuellement empêchée par les hiérarchies religieuses unanimes sur ce point et les Libanais appartenant à des confessions différentes, et de plus en plus à la même, doivent se rendre à l’étranger pour pouvoir contacter une alliance à leurs conditions.

Ce système est condamné par tous les manifestants qui en souffrent à un degré ou à un autre. Mais on ne peut dire que le soulèvement ait dégagé un accord sur la manière d’en sortir ou d’y remédier. Il n’est pas exclu que bien des protestataires y soient encore attachés par crainte de grands bouleversements démographiques et politiques et parce qu’il assure une certaine protection ; ils pourraient penser qu’on peut y introduire des améliorations quant à l’égalité, l’efficacité, la lutte contre la corruption et la justice.

Ensuite, deux grands courants proposent leurs réformes. Le premier est laïciste et cherche à séparer totalement, à la française, l’État des communautés reconnues et à instaurer un statut civil unifié. Le second milite pour une république civile dont les principaux traits sont un parlement bicaméral comportant une chambre des députés élue sans répartition confessionnelle, un sénat élu sur une base communautaire et intervenant dans des domaines restreints, et un mariage civil facultatif ouvert à tous les citoyens. Une telle république sauvegarderait l’unité, l’efficacité et le pluralisme. Aucun des trois remèdes n’est sans difficultés réelles, mais le soulèvement doit trouver sa voie et la tracer.

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